Faces B – L’alternative au « prêt-à-penser »

Faces B est un magazine en ligne trimestriel qui réunit un bande de girondins aimant écrire, raconter le monde, donner des infos et partager leurs opinions.
Aujourd’hui, Caroline Simon, directrice de publication, Cyril Jouison et Nicolas Chabrier, corédacteurs en chef répondent à 6 mains à quelques questions que nous leur avions posées :
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Quel est le positionnement de FACES B ? Quelle est sa ligne éditoriale ?

CS : FACES B est un magazine gratuit, généraliste à dominante culturelle, qui vise à raconter le monde, à faire connaître celles et ceux qui contribuent à le rendre meilleur, à livrer des infos et des opinions différentes. Quitte à aller à contre-courant des tendances en choisissant une autre voie : la face B.
On ne s’interdit d’ailleurs ni les sujets sérieux, ni les futilités. Un petit grain de folie, un soupçon de fantaisie, même quand l’heure est grave. Une partie de l’équipe ayant élu domicile à Bordeaux, on parle beaucoup de notre région, mais on garde aussi l’œil ouvert sur le reste du monde ! L’ouverture, c’est bien ce qui nous anime.
Nous parlons beaucoup d’art, de musique, de sujets sociétaux. Nous mettons à l’honneur des artistes et auteurs et faisons appel à des contributeurs de talents. Notre marque de fabrique se concrétise aussi dans le dossier de chaque numéro, un thème choisi collégialement que nous aimons décliner à l’infini, sur un ton sérieux ou léger, voire complètement décalé ! Nous avons déjà abordé : la lenteur, l’engagement, borderline, le vintage, le bisou…

 

Quelle est la genèse du magazine ?

CS : Au départ, c’est l’histoire d’une fille (moi !) qui a eu l’envie d’impulser une aventure collective et créative, et la chance de réunir autour d’elle un groupe pluridisciplinaire de passionnés. Si j’ai lancé le projet, chacun s’en est rapidement approprié l’esprit et le magazine est d’emblée devenu la fusion de la personnalité et du talent de chaque membre de l’équipe. Un an et demi après le lancement, l’équipe et les valeurs fondatrices ont d’ailleurs très peu évolué. Même si je « materne » encore un peu mon bébé, j’ai confié, depuis peu, les manettes du vaisseau à deux co-rédac chef très impliqués, Nicolas (élu récemment administrateur de l’APACOM) et Cyril (également membre de l’association). Complices et complémentaires, c’est un duo qui reflète parfaitement l’esprit FACES B.

CJ : La genèse du projet, car FACES B est plus qu’un magazine, revient à l’envie de Caroline de proposer un support éditorial différent de ce que l’on peut lire par ailleurs. Son énergie communicative a fédéré des compétences complémentaires autour d’elle. Lorsque l’aventure a débuté, en janvier 2012, les membres du comité de rédaction ne se connaissaient pas ou peu. Depuis, les valeurs fondatrices sont portées par chacun des membres de l’équipe. En tant que directrice de la publication, Caroline demeure le garant de l’esprit de FACES B et nous en sommes fiers.

NC : Le FACES B du début ? Je ne l’ai pas connu ! C’est par hasard que j’ai rejoint l’aventure pour le N°2 en septembre… Je partage pourtant les valeurs d’un tel projet, cette liberté de ton, ce souci d’esthétisme, mais aussi et surtout la réflexion / le débat omniprésent pour maintenir une certaine exigence qui conduit, je l’espère, à un produit de qualité.

 

Pour quelles raisons FACES B n’existe qu’en version numérique ?

CS : Seul le numérique permet d’offrir facilement la gratuité, qui correspond à nos valeurs, et donne les moyens d’une diffusion à grande échelle. Nous avons réussi à créer un produit sans le moindre apport ou circulation d’argent. Ce qui est assez rare de nos jours ! Mais on ne peut se permettre ce luxe que parce que la quasi-totalité de l’équipe est salariée par ailleurs et accepte d’investir son temps sans contrepartie pécuniaire. Et il y a des heures et des heures de travail pour sortir un tel produit ! Mais aussi beaucoup de plaisir et de satisfaction devant le travail accompli.

CJ : La diffusion numérique permet également une souplesse dans le format. Nous pouvons, sans trop exagérer non plus, faire un peu varier le volume de pages d’un numéro à l’autre. Le tout avec modération. C’est un moyen efficace pour convaincre de nouveaux contributeurs ou différents invités.

NC : J’aime différencier ici le magazine numérique, du simple blog. Avoir fait le pari du numérique pour une publication comme FACES B nous offre une certaine autonomie, sans pour autant perdre de sa rigueur. Dans son élaboration, nous sommes soumis à des gabarits et autres contraintes rédactionnelles, nous passons par l’élaboration d’un chemin fer, par une phase de relecture, ou encore par un temps de maquette. C’est dans le respect d’une certaine exigence papier que je différencie FACES B du mode webzine. Par ailleurs, FACES B a su tirer profit de la stratégie numérique en s’exprimant plus librement via le blog ou avec spontanéité via les réseaux sociaux.

 

Une version papier est-elle à l’ordre du jour ?

CS : Nous en avons rêvé ! Mais nous connaissons toutes les difficultés de la presse papier, gratuite ou pas d’ailleurs. On a été attristés par la récente disparition de CUBEEK, dont on admirait tant la qualité. Nous avons réfléchi à un modèle économique rentable grâce à la publicité. Pour le coup, ça prend du temps de démarcher des sponsors. Et c’est une compétence qui ne s’improvise pas. Néanmoins, si un investisseur intéressé se présente spontanément, nous l’écouterons avec la plus grande attention…

CJ : La version papier sera à l’ordre du jour uniquement lorsque nous aurons de réelles garanties financières en présence de partenaires ou investisseurs durables partageant nos valeurs.

NC : C’est vrai que la noblesse du support papier faciliterait quelque peu la lecture… Je ne parle même pas du privilège de tenir l’objet entre ses mains. Mais pourtant au vue des contraintes économiques, je crains qu’il ne faille pour l’heure se contenter des écrans ou autres tablettes.

 

Le dernier numéro de FACES B, sorti récemment, comporte une importante section dédiée au silence. Le silence et la communication sont-ils compatibles ?

NC : Le silence et le bruit sont deux entités intrinsèquement liées. Si les mots, le discours, les sons sont reconnus comme actes de communication, les pauses, les silences, les respirations prennent aussi une part importante dans ce processus. C’est dans le temps du silence que s’impose cette communication non verbale, à cet instant où les mimiques, les réactions et les sensations deviennent informations capitales.

CJ : Le silence constitue une forme de communication. D’autant plus dans la période agitée dans laquelle nous vivons. Ne dit-on pas : « la parole est d’argent et le silence est d’or » ? Lorsque la furie médiatique envahit tous nos écrans, la rareté devient alors un argument, voire une posture de communication. En politique, François Mitterrand, soufflé par Jacques Pilhan, l’avait bien compris. Jacques Chirac aussi. Normal, ils étaient conseillés par la même personne. Depuis, aucun des présidents n’a réussi à garder cette distance stratégique avec le tintamarre médiatique. Plus proche de nous dans le temps, dans l’industrie musicale, Mylène Farmer ne fait pas autre chose sous la maestria de Laurent Boutonnat. Savoir exister en étant rare donne du poids à sa moindre prise de parole. Les DirCom devraient alors conjuguer temps faibles et temps forts comme une harmonie entre silences évocateurs et moments d’expression. CQFD.

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Crédit photo : anthonyrojo

Propos recueillis par Maxime Mézy.

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