Libourne, Angoulême : attractives grâce à Bordeaux ?

Bordeaux plait… et déplaît. Au vu de l’augmentation du prix de l’immobilier et de l’arrivée de la LGV, certains choisissent de vivre dans la banlieue bordelaise pour profiter des avantages de la Métropole alors que d’autres vont plus loin. A Angoulême ou à Libourne, par exemple. Ces villes sont-elles attractives grâce à Bordeaux ? Éléments de réponse.

Le « job » d’un communicant spécialiste du marketing territorial, c’est de rendre son territoire attractif. Il crée et gère l’image du territoire auprès des villes, régions ou pays alentours. Parfois, il peut bénéficier d’un petit coup de pouce du destin : une ville plus grande (ou un lieu plus renommé) aide son territoire à entrer dans la lumière. C’est l’attractivité par ricochets.

Bordeaux, métropole toute-puissante ?

Ville - BordeauxLa popularité de Bordeaux, neuvième ville de France (250 000 habitants), n’est plus à prouver. La ville attire de plus en plus d’investisseurs, d’étudiants, de touristes et d’entreprises. Mais la forteresse bordelaise ne serait rien sans ses remparts constitués par les villes de la Métropole (28 communes, 780 000 habitants) et par les villes moyennes qui lui sont proches, comme Arcachon, Angoulême, Libourne ou même Marmande.

Bordeaux est historiquement tournée vers l’Atlantique mais très peu vers son arrière-pays. Au sein de notre région à dominante rurale, Bordeaux apparaît donc comme une métropole isolée et sans rivale. A tel point que certains évoquent un « désert néo-aquitain ».[1]

Des questions se posent alors : Les métropoles irriguent-elles ou assèchent-elles les territoires qui les entourent ? Quel intérêt pour Bordeaux d’avoir des relations privilégiées avec ses voisines ?

Une politique bordelaise volontariste

Alain Juppé a déclaré qu’une « métropole qui serait installée dans un désert ne serait pas une métropole en bonne santé. Bordeaux Métropole a intérêt à ce que la Gironde et la Nouvelle-Aquitaine soient prospères ». Ainsi, depuis 2014, Bordeaux esquisse une politique volontariste ouverte à toute collaboration avec les territoires alentours.[2]

Cette stratégie de coopération territoriale s’est trouvée pleinement légitimée par la fusion des régions au 1er janvier 2016 et la mise en service, en juillet 2017, de la ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Paris.

Ville - AngoulêmeAprès avoir désigné une conseillère municipale et métropolitaine en charge des coopérations territoriales, Bordeaux a procédé à la signature de contrats bilatéraux avec Angoulême à l’automne 2016, avec Libourne en 2017 et bientôt avec Marmande à l’automne 2018. Ces collaborations ne sont pas sans difficultés mais semblent fructueuses.

Comme l’explique Jean-Mac Offner à La Tribune Bordeaux, « Vu de la Chine, Bordeaux, Libourne et Angoulême sont au même endroit ! Avec une offre touristique commune, notamment autour du vin, tout le monde pourrait être gagnant. Il y a aussi des complémentarités économiques évidentes qui doivent être organisées ». C’est pourquoi les différentes mairies, la Métropole et les Départements travaillent main dans la main à la mise en place d’un avenir commun.

Exister par soi-même, inverser le rapport de force

L’ambition de Libourne, 25 000 habitants et d’Angoulême, 42 000 habitants, est bien réelle. Ces villes veulent exister par elles-mêmes. Elles voient Bordeaux comme un tremplin d’attractivité, d’où le concept d’attractivité par ricochets. Débouchés économiques, mobilité, tourisme : les villes moyennes ont tout à gagner à se rapprocher de Bordeaux mais l’inverse est également vrai.

Les communicants territoriaux doivent trouver le juste milieu. Pour Bordeaux, il s’agit d’apparaître comme une métropole centrale et attractive qui délègue aux villes voisines dans une dynamique de complémentarité. Pour Angoulême ou Libourne, il s’agit de s’affirmer comme des relais efficaces et attractifs du chef-lieu de la Nouvelle-Aquitaine. Pour se faire, les équipes de communication sont amenées à se rencontrer régulièrement et à penser leurs stratégies ensemble afin d’enclencher une logique gagnant-gagnant.[3]

Ville - LibourneDans le Libournais, on scrute désormais la métropole girondine voisine avec bienveillance. La volonté de la ville est claire : faire du Libournais un territoire charnière où il fait bon vivre, investir et se développer… à prix abordable.[4] Autrefois rivales, les deux collectivités dialoguent en matière de projets économiques, de gouvernance alimentaire et de mobilité.

A Angoulême, la situation est différente mais l’objectif reste le même. Les complémentarités entre les bassins d’emplois girondin et charentais sont réelles, en particulier en matière d’animation, de jeux vidéo et de bande dessinée.[5] La LGV permet également de mettre en avant une attractivité résidentielle vis-à-vis de Bordeaux, qui n’est qu’à 35 minutes en TGV.

Se dessine donc un urbanisme des grands territoires au sein duquel la métropole jouerait un rôle de navire amiral pour entraîner les territoires voisins dans son sillage. Une belle image qui reste un vrai défi pour les décideurs, pour les habitants… et pour les communicants territoriaux !

Julie Cazalis

Sources :

[1] Objectif Aquitaine – La Tribune (180327)

[2] Sud Ouest (180102)

[3] Objectif Aquitaine – La Tribune (180320)

[4] Le JDE (180208)

[5] La Tribune (180320)

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